
Avant d’aller voir le film
The Tourist, j’avoue volontiers être restée quelque peu septique quant au casting (Angelina Jolie, Johnny Depp) : pas vraiment mon genre d’acteurs… Mais le film avait été réalisé par Florian Henckel von Donnersmarck, à l’origine de
La vie des autres, que j’avais trouvé si puissant. De plus, des sensibilités bien différentes allaient se donner rendez-vous puisqu’on avait là un réalisateur allemand qui tournait en Italie un film américain, lequel était le remake d'un film français,
Anthony Zimmer ! Il ne m’en fallait pas plus pour me décider à acheter mon entrée.
Dès les premières scènes tournées à Paris, j’eus l’étonnante sensation de me retrouver dans un de ces films policiers français sortis depuis
Ne le dis à personne , dotés d’un très bon scénario mais évoluant dans une atmosphère toujours un peu semblable. J’eus même l’impression de reconnaître un ou deux acteurs français ayant tourné précisément dans ce type de films. Le réalisateur allait-il continuer à adopter les styles de tournage locaux en fonction des lieux traversés par ses acteurs ? C’était une bien curieuse façon de procéder…
La suite me laissa également tout à fait songeuse du fait de cet éclectisme de styles, justement. À chaque nouvelle scène, je me demandais ainsi quel genre de film cherchait à faire Florian Henckel von Donnersmarck. Ce fut la question qui m’obnibula jusqu’à la fin. Dès lors, je regardai ce film en essayant de le décortiquer pour en retrouver la colonne vertébrale. Car, vrai, dans ce film, il y en a pour tous les goûts ! D’abord, dans le casting : Angelina Jolie pour le public masculin, Johnny Depp pour les femmes. Un peu d’amour entre les deux protagonistes, ensuite, mais sans passion (il ne faudrait pas ennuyer Monsieur !). Même la duplicité du personnage d’Angelina Jolie qui est tombée amoureuse de celui qu’elle doit livrer à Interpol n’est pas suffisamment travaillée. On a de l’action, aussi, mais sans violence (le film pourrait être vu par des ados). Du mystère mais la tension dramatique en moins, car ce n’est pas la pélerine d’Angelina Jolie, dans la brume des canaux de Venise, qui va nous faire trembler. C’est d’ailleurs bien dommage qu’il n’y ait pas eu un instant un doute sur l’identité véritable de Johnny Depp (n’aurait-il pas pu être Pearce?) pour entretenir les doutes et nous tenir en haleine. J’ai apprécié cependant de ne voir que tardivement et que quelques secondes à l’écran celui que l’on traque, un peu comme dans
Le troisième homme avec Orson Welles.
Et parce que le mélange des genres ne semble pas suffisant à monsieur Florian Henckel von Donnersmarck, il en rajoute encore dans la diversité culturelle en nous proposant de (magnifiques) vues aérienne touristiques de Venise et en mettant en scène plusieurs gags où chaque nationalité devient caricaturale : il y a les policiers français qui se demandent si Angelina Jolie porte ou non une culotte ; l’Italien mafioso (comme dans la scène où les policiers italiens, vêtus de costumes-cravate sombres s’effacent simultanément derrière les colonnes d’un quai de gare) ou un peu Comedia dell’Arte (le policier qui tombe dans le canal, furieux et le sifflet encore dans le bec) ; les Russes un peu rustres et idiots ; l’Américain (Johnny Depp) gentiment bête qui parle sans cesse espagnol aux Italiens.
Malgré ce mélange qui laisse perplexe sans donner le vertige (à la différence d’un film comme
L’Atalante, par exemple, où, à la plus grande partie du film tournée sur un mode poétique font contre-point des scènes finales très réalistes et très noires), le film, qui a le mérite d’être bien filmé, reste frais et agréable, à peine ennuyeux.
Seule raison que j’ai trouvée pour expliquer de côté touche-à-tout sans profondeur aucune : il s’agit probablement d’un film de commande.
Sentiment partagé ?